Contre‑terrorisme dans la région du Sahel : intensification des efforts

Jerusalem Africa Desk ·

Mali, Burkina Faso et Niger renforcent leur coopération militaire et approfondissent leurs liens sécuritaires avec la Russie, mais une nouvelle vague d’attaques montre que les groupes djihadistes — en particulier le JNIM, affilié à al‑Qaïda — conservent une portée opérationnelle importante à travers le Sahel central.

Contre‑terrorisme dans la région du Sahel : intensification des efforts

Le contre‑terrorisme au Sahel sous pression alors que le JNIM s’étend à travers l’Afrique de l’Ouest

Mali, Burkina Faso et Niger renforcent leur coopération militaire et approfondissent leurs liens sécuritaires avec la Russie, mais une nouvelle vague d’attaques montre que les groupes djihadistes — en particulier le JNIM, affilié à al‑Qaïda — conservent une portée opérationnelle importante à travers le Sahel central.

Le concours sécuritaire au Sahel entre dans une phase plus complexe.

Mali, Burkina Faso et Niger ont renforcé leur coopération militaire, élargi les structures communes de contre‑terrorisme et se sont de plus en plus tournés vers la Russie pour le matériel, la formation et le soutien opérationnel. Pourtant, les insurrections qui les confrontent n’ont pas été contenues. Au contraire, les réseaux militants démontrent leur capacité à frapper des bases militaires, à perturber les corridors économiques et à s’étendre dans des zones autrefois considérées comme périphériques au conflit central du Sahel.

L’ampleur du défi a été de nouveau soulignée en septembre 2026. Le 10 septembre, des combattants affiliés à Jama’at Nusrat al‑Islam wal‑Muslimin (JNIM), la principale coalition d’al‑Qaïda au Sahel, ont attaqué une position militaire malienne à Dioura, au centre du Mali. Plus de 100 soldats maliens ont été tués, selon des sources citées par Reuters, et un grand nombre auraient été capturés. Les forces maliennes ont ensuite lancé une importante contre‑opération.

L’attaque n’était pas un incident isolé. Elle s’inscrivait dans un schéma plus large qui remet en cause l’hypothèse selon laquelle le renforcement des opérations militaires inverserait l’expansion des militants.

Le Sahel reste le théâtre islamiste militant le plus meurtrier d’Afrique

Le tableau sécuritaire du Sahel central s’est détérioré malgré des années de campagnes de contre‑terrorisme.

Selon l’Africa Center for Strategic Studies, environ 9 928 décès liés à des groupes islamistes militants ont été enregistrés dans le Sahel au cours des 12 mois se terminant à la mi‑2026, plus que dans toute autre région africaine. Le Sahel représentait environ 42 % des décès signalés sur le continent attribués à des organisations islamistes militantes pendant cette période.

Le JNIM est devenu l’acteur militant dominant dans une grande partie de ce théâtre. L’Africa Center estime que la coalition était associée à environ les trois quarts des décès liés aux militants dans le Sahel sur la même période. Ses opérations s’étendent désormais sur de vastes parties du Mali et du Burkina Faso, tout en exerçant une pression croissante sur le Niger et les pays plus au sud.

Les Nations unies ont également signalé que les affiliés d’al‑Qaïda et de l’État islamique ont réalisé des gains significatifs en Afrique de l’Ouest et au Sahel, le JNIM élargissant sa portée géographique vers les États côtiers d’Afrique de l’Ouest et le nord‑ouest du Nigeria.

Il s’agit de plus en plus d’un problème de sécurité régionale plutôt que d’un conflit confiné aux zones reculées du nord du Mali.

Le Mali devient le test central du nouveau modèle sécuritaire

Le Mali reste l’un des champs de bataille les plus importants.

Le JNIM a progressivement démontré sa capacité à opérer au‑delà de ses bastions historiques du nord et du centre du Mali. Au cours de 2025 et 2026, l’organisation a étendu ses attaques vers les zones occidentales et méridionales, menacé les routes de transport et les infrastructures économiques, et mené des opérations contre des cibles militaires et politiques de haute valeur.

La stratégie du groupe combine de plus en plus pression militaire directe et perturbation économique.

L’évaluation de l’Africa Center for Strategic Studies sur le Mali occidental décrit les attaques du JNIM contre les corridors de transport, les mouvements de carburant et les centres de population comme une tentative d’exploiter les vulnérabilités économiques et politiques de l’État. En ciblant les artères reliant le Mali au Sénégal, à la Mauritanie et à la Côte d’Ivoire, les militants peuvent imposer des coûts au gouvernement sans nécessairement chercher à s’emparer et à administrer durablement les grandes villes.

Cette distinction est importante.

Le JNIM n’a pas besoin de capturer Bamako pour produire des effets stratégiques. Des attaques répétées contre des installations militaires, la perturbation des approvisionnements en carburant, la pression sur les villes provinciales et l’érosion de l’accès de l’État aux zones rurales peuvent affaiblir la confiance dans la capacité du gouvernement à assurer la sécurité.

Les derniers combats autour de Dioura, Sévaré et Konna renforcent cette inquiétude. Le JNIM a revendiqué des attaques contre des positions militaires et des infrastructures aériennes, tandis que les forces maliennes et leurs alliés ont poursuivi des opérations aériennes et terrestres contre des concentrations de militants. Certaines revendications de pertes sur le champ de bataille, de chaque côté, restent difficiles à vérifier de façon indépendante.

L’Alliance des États du Sahel construit une nouvelle architecture de contre‑terrorisme

La détérioration de la sécurité s’accompagne d’une transformation fondamentale du système sécuritaire régional.

Mali, Burkina Faso et Niger ont consolidé leur coopération à travers l’Alliance des États du Sahel (AES), créée initialement comme pacte de défense mutuelle puis développée en une confédération plus large.

Les trois gouvernements ont annoncé des plans pour une force conjointe de 5 000 soldats dotée de ses propres capacités de renseignement, de matériel et d’actifs aériens. Cette force est destinée à mener des opérations coordonnées contre les groupes djihadistes opérant au‑delà des frontières, que les armées nationales ont eu du mal à sécuriser individuellement.

Il s’agit d’un virage important par rapport à l’architecture précédente de contre‑terrorisme, centrée sur les partenariats avec la France, d’autres gouvernements occidentaux et des institutions telles que le G5 Sahel.

La Russie est devenue un partenaire sécuritaire de plus en plus important dans ce modèle émergent. Moscou a promis un soutien militaire aux pays de l’AES, incluant matériel et formation, et du personnel du Russian Africa Corps opère aux côtés des forces maliennes. En juillet 2026, la Russie et les États de l’AES se sont de nouveau engagés à approfondir leur coopération militaire alors que les attaques insurgées se poursuivaient.

La question stratégique, cependant, ne porte pas seulement sur la capacité de l’AES à déployer davantage de forces. Il s’agit de savoir si les trois États peuvent convertir la coopération militaire en un contrôle territorial persistant, une collecte fiable de renseignements et une circulation transfrontalière sécurisée.

Le Burkina Faso et le Niger subissent des pressions parallèles

Le Mali n’est qu’un front de la crise.

Le Burkina Faso continue de faire face à une activité militante importante, notamment de réseaux liés au JNIM. Les militants ont démontré une grande liberté de mouvement dans plusieurs zones et ont à plusieurs reprises attaqué les forces de sécurité, les communautés civiles et les forces auxiliaires.

Le Niger fait face à un environnement de menace différent mais de plus en plus complexe.

Le JNIM et l’État islamique dans la province du Sahel sont actifs dans les vastes zones frontalières reliant le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Les affrontements entre les deux réseaux djihadistes se sont eux‑mêmes intensifiés, illustrant le degré d’ancrage des organisations armées dans des zones où le contrôle étatique reste limité.

La géographie de l’insurrection évolue également.

Les réseaux militants se dirigent vers le sud, en direction du Bénin, du Togo et d’autres États côtiers d’Afrique de l’Ouest. Le Ghana, par exemple, a réexaminé son cadre national de prévention de l’extrémisme violent en réponse à la préoccupation croissante concernant les réseaux militants transfrontaliers et la radicalisation.

Pour davantage de couverture de Jerusalem Africa sur l’évolution du positionnement militaire du Burkina Faso, voir Burkina Faso’s Military Re‑orientation Amid Ongoing Coup Dynamics.

Le contre‑terrorisme n’est plus uniquement un problème de champ de bataille

La capacité militaire n’est qu’un composant de l’équation sécuritaire du Sahel.

Une gouvernance locale faible, une présence étatique limitée, la marginalisation économique, la concurrence pour la terre et les ressources, les réseaux de trafic et la méfiance entre les communautés et les institutions de sécurité offrent aux organisations armées des opportunités de recrutement et d’expansion.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) souligne, dans son travail sur la gouvernance au Sahel, que les déficits de gouvernance et de confiance publique constituent des éléments centraux de l’instabilité persistante de la région.

Cela signifie que le succès du contre‑terrorisme nécessite plus que l’élimination de commandants individuels ou la conduite d’opérations militaires de grande envergure.

Les États doivent également maintenir l’accès aux communautés contestées, sécuriser les routes et les marchés, développer des réseaux de renseignement locaux fiables, protéger les civils et empêcher que les opérations de sécurité elles‑mêmes ne génèrent de nouveaux griefs.

Le défi est particulièrement aigu là où les gouvernements restreignent les reportages indépendants. La réduction de l’accès pour les journalistes et la société civile complique l’établissement de chiffres de victimes, l’évaluation des revendications militaires et l’obtention d’un tableau précis des conditions de sécurité en dehors des grandes villes.

Une guerre de l’information se développe parallèlement au conflit armé

Le conflit s’est également imbriqué de plus en plus dans la confrontation géopolitique plus large entre la Russie et les gouvernements occidentaux.

Les canaux diplomatiques russes ont à plusieurs reprises accusé les États occidentaux et l’Ukraine d’aider des forces hostiles aux gouvernements du Sahel.

À titre d’exemple, l’ambassade de Russie au Kenya a diffusé l’affirmation selon laquelle un prétendu membre capturé du JNIM, identifié comme Hama Sisse, aurait déclaré que des instructeurs français et ukrainiens avaient contribué à former les militants impliqués dans une attaque d’avril 2026 au Mali.

Jerusalem Africa n’a pas identifié de corroboration indépendante et fiable confirmant cette allégation comme un fait. Elle doit donc être comprise comme une affirmation attribuée à la Russie plutôt que comme un compte rendu vérifié d’une implication opérationnelle.

Cette distinction est importante.

L’information entourant les conflits du Sahel est de plus en plus façonnée par les communications étatiques, les déclarations militaires, la propagande militante et les récits géopolitiques. Les revendications concernant les pertes, l’implication étrangère et les victoires sur le terrain émergent souvent avant qu’une vérification indépendante ne soit possible.

Pour l’analyse sécuritaire, l’évaluation des sources devient donc presque aussi cruciale que le suivi des mouvements territoriaux.

Évaluation stratégique : plus d’activité militaire ne signifie pas encore plus de sécurité

La tendance centrale au Sahel n’est pas simplement une intensification des opérations de contre‑terrorisme. C’est une escalade simultanée des États et des organisations insurgées.

Mali, Burkina Faso et Niger tentent de construire une nouvelle architecture sécuritaire régionale basée sur l’AES et des relations militaires plus étroites avec la Russie. Parallèlement, le JNIM et les réseaux affiliés à l’État islamique continuent d’adapter leurs tactiques, d’étendre leur géographie et de contester le contrôle étatique.

Trois développements seront particulièrement importants à surveiller.

1.  Si la force conjointe de l’AES devient une formation opérationnellement intégrée capable de mener des campagnes transfrontalières soutenues, plutôt qu’un cadre essentiellement politique.

2.  Si le JNIM poursuit son déplacement d’une insurrection rurale vers des attaques contre les infrastructures économiques, les corridors de transport, les aéroports et les grands centres de population.

3.  Si l’expansion militante vers le Bénin, le Togo, le nord du Nigeria et d’autres zones côtières engendre une coordination sécuritaire plus forte entre les gouvernements de l’AES et leurs voisins ouest‑africains.

Le problème de coordination régionale pourrait finalement être aussi important que le problème militaire. Les Nations unies ont à plusieurs reprises appelé à un renforcement de la coopération entre l’AES, les États voisins et les institutions ouest‑africaines plus larges, les organisations militantes exploitant les lacunes entre les systèmes de sécurité nationaux.

Pour une couverture plus large, les desks Counter‑Terror, Military et Geopolitics de Jerusalem Africa continueront de suivre l’évolution de l’architecture sécuritaire du Sahel et l’expansion régionale des réseaux djihadistes.

L’indicateur clé n’est plus le nombre d’opérations de contre‑terrorisme menées par les gouvernements du Sahel. Il s’agit de savoir si ces opérations se traduisent en un contrôle étatique durable, des corridors économiques plus sûrs et une réduction mesurable de la capacité des groupes militants à se régénérer et à s’étendre.

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